

Quatre pays forment le département de l'Ain : la Bresse, célèbre pour ses volailles et sa bonne chère, Le Pays de Gex, frontière avec la Suisse, La Dombes aux innombrables étangs et Le Bugey. "Belle est la vie" entre montagnes et vallée du Rhône.
En 1913, Vérizieu-de-Briord, à 5 km des bords du Rhône, compte environ 300 habitants en majorité cultivateurs. Cette année-là, Joséphine, née à Vérizieu, épouse Marius, originaire de Tournon en Ardèche. Ils ont tous deux 26 ans. Vérizieu étant trop petit pour avoir sa propre église, la noce [2] se déplace à Briord, au bord du fleuve. Dans l'assistance : cultivateurs, viticulteurs, le boulanger du four banal où chacun vient cuire ses tartes et gratins après la fournée de pain, une sage-femme, un charron, un arboriculteur, un oncle qui fabrique les bateaux reliant Aix-les-Bains à Lyon par le Rhône, parents, grand-mère, frères et sœurs, famille et amis. La grand-mère maternelle [3] de la mariée a 88 ans et les premiers enfants de Marius et Joséphine auront le temps de la connaître : elle vivra plus de 100 ans. A sa gauche, les parents du marié. Le père est employé [4] au P.L.M. (Paris-Lyon-Méditerranée) réseau ferroviaire remplacé plus tard par les lignes sud de la S.N.C.F.
1915, mobilisé comme mécanicien de 1ère classe sur le front pendant la Première Guerre Mondiale, Marius fait parvenir une photo-carte à ses parents à Tournon [5]. Au dos ces quelques mots : "A mes parents en souvenir de la campagne 1914-1915. Conservez en cas de malheur. Marius" [6].
1923. Gilbert, le frère cadet de Joséphine, a 20 ans. Fin du Conseil de Révision, journées pendant lesquelles l'armée déclare les jeunes gens de 20 ans bons pour le service ou réformés. Les conscrits portent leur écharpe en bandoulière. Accompagnés par le Maire et un ami aux tambours [7], la fanfare fait à grand bruit la tournée des maisons et récolte des dons, des fruits, quelques baisers peut-être, et vide de nombreuses bonbonnes de vin !
Janvier 1924, c'est la Saint-Vincent (patron des vignerons) à Vérizieu. Tout le monde s'est déplacé pour la grand-messe et la photo souvenir à l'église de Briord. Monsieur le Curé est assis à côté de Monseigneur l'Evêque de Belley et des maires des communes avoisinantes [8]. Au premier plan, deux porteurs ont posé leur haute corbeille décorée mais conservé leur coussin sur la tête. La fanfare est au complet. Plusieurs frères de Joséphine sont présents. La Saint-Vincent est dite "tournante" quand elle change de village d'une année sur l'autre ; elle revient dans chacun d'eux une fois environ par génération. C'est dire l'importance que l'on apporte à sa préparation et à sa réussite : les délégations se retrouvent pour la procession où la statue de Saint-Vincent est promenée à travers le village et le vignoble. Puis place à la fête : banquet, dégustation, fanfares et jeux.
Mi-août 1924 : pose photo au moment des battages. La machine à vapeur et son mécanicien [9] vont de village en village au fil des demandes. Tous les habitants participent à la moisson, récoltent le grain, montent les meules et festoient le soir autour d'un copieux repas préparé par les femmes, souvent dans la maison natale de la mère de Joséphine [10] avant de recommencer le lendemain chez un voisin puis chez un autre.
Voir : 2004, Vérizieu
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